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Pensées, reflexions, nouvelles et autre...



Charniers cachés...
12-12-2012

Avant de devenir végétarien, comme Tobey Maguire (*), j'étais allé manger chez Pierre Gagnaire à St Etienne. Un gars super sympa, et inventif. pas obsédé par la viande d'ailleurs. Le problème avec les grands cuisiniers, c'est qu'ils veulent se faire plus gros que le boeuf. Récemment, j'ai mangé, je pense, le pire repas de ma vie, dans un restaurant Campanile (c'était le seul endroit encore ouvert). La carte arborait fièrement que les plats avaient été supervisés par Pierre Gagnaire. Triste retour de bâton. Les plats étaient horribles, inconsistants, et la serveuse semblait triste et honteuse de nous les servir. Comment Pierre Gagnaire a t-il pu s'engager dans cette galère ? Dieu seul le sait. Dès qu'un artiste crée une franchise, il est riche financièrement mais mort artistiquement.

Manger de la viande n'est de toutes façons pas u en solution. Comme l'expliquait récemment l'émission "La tête au carré" sur France Inter, 90% de la viande que nous mangeons est industrielle, et dans 80% des cas, on cisaille l'animalalors qu'il est encore vivant. En France, en 2012. J'ai publié il y a quelques années dans le magazine "L'oeil électrique" le témoignage d'une étudiante vétérinaire. Son stage dans un abattoir l'a changée à jamais.

http://oeil.electrique.free.fr/article.php?numero=27&articleid=474

* L'acteur de Spiderman déclarait qu'il ne pouvait pas manger (et donc ne mangeait plus) de viande. Car à chaque fois lui revenait en tête, et dans le corps, la vie de l'animal. Vie interrompue industriellement.

Merci à "One Voice" pour la photo.

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Le débat des grandes voix : Europe 1
12-12-2012

Si le cinéma en France doit craindre quelque chose, ce n'est pas de l'invasion américaine, mais du réflexe chauviniste de certains journalistes. Dans l'émission "Le débat des grandes voix", animée brillamment par Wendy Bouchard, un des intervenants (ne citons pas son nom par charité...) commentant le palmarès de Cannes a dit qu'il était quand même dommage que l'on donne le prix d'interprétation à un acteur danois... En l'occurrence Mads Mikkelsen pour "La chasse" de Thomas Vinterberg. Même chose pour les deux actrices roumaines de "Au-delà des collines". "-Non, c'est vrai... (pour suivre la pensée et la parole de ce journaliste), "-Je ne veux pas dire du mal des autres pays, mais quand même, quand on a Marion Cotillard, Jean Dujardin, et tous nos acteurs glamour, c'est vraiment dommage de donner le prix d'interprétation à des acteurs que personne ne connaît !"

C'est ce qu'on entend sur une grande radio périphérique par un journaliste qui a sa carte de presse depuis 40 ans : Le cinéma, c'est bien, mais quand il est déjà connu de tous. Et puis Cannes, c'est bien, mais surtout à l'hôtel, bien mieux éclairé que les salles... Bonjour l'esprit de découverte...

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Entretien avec Catherine Corsini dans l'émission "Obliques"
07-12-2012

Vendredi 7 décembre à 14h dans "Obliques" (Fréquence Protestante 100.7fm), je reçois la ciénaste Catherine Corsini dont j'admire le travail depuis son premier film "Poker". J'aime ce cinéma libre, en ruptures de ton, jamais complaisant. On est provoqué, interpellé et surtout jamais en repos. Mon film favori de C. Corsini est sans doute "La répétition", dont les thèmes étaient brassés avec mystère sans qu'on perde jamais le fil. C'est le contraire d'un cinéma passe-partout.

"Trois mondes" est très convaincant. il démarre par un plan nocturne sur une voiture noire, filmée en fait comme un cercueil. Al, l'anti-héros du film, renversera quelques minutes plus tard un inconnu rue Laumière à Paris. Influencé par ses deux "potes", il prend la fuite. Al doit se marier dans quelques mois et reprendre la concession automobile de son beau-père. Un boulevard s'ouvre à lui. Mais, rongé par la culpabilité, et reconnu par une témoin de l'accident, il remettra ses valeurs en question. 

Superbement éclairé par Claire Mathon, le film est haletant, tout en étant parsemé de plans où le temps s'arrête. Notamment celui où Al est seul face à nous sur un pont, et celui où Juliette (témoin de l'accident) est cadrée étrangement dans un bar.

Le film, sombre, dégage pourtant de l'optimisme. On sent de l'idéalisme, celui de la jeunesse, chez Al. Aux antipodes de son beau-père, un parvenu qui lui reproche de "Ne pas être doué pour le bonheur". Etrange comme cette attaque sonne finalement comme un compliment. Car chez Catherine Corsini, c'est précisément la difficulté du bonheur qui rend la vie intéressante et digne.

Le thème du don d'organes, de la marchandisation, ou non, du corps, notre rapport aux autres et les hasards de la vie sont parmi les thèmes que j'aborderai dans l'émission. Tout comme la citation de Martin Heidegger ("La mort, c'est ce que je ne peux pas faire pour toi") énoncée dans le film par le compagnon de Juliette.

J'ai toujours pensé qu'Heidegger était l'exemple typique du penseur surfait, capable de dire des banalités avec pompe et emphase. Dieu que cette pensée a vieilli. Nos professeurs de philo (certains le baptisaient "prince des philosophes"", sic...) ont été aveuglés ou n'avaient pas le compas dans l'oeil...

Mais "Trois mondes" est un excellent film, avec une fin ouverte particulièrement troublante... Un des meilleurs films de l'année.

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"La relativité expliquée aux enfants" au festival d'Aigues-Mortes.
23-11-2012

Le 10 Novembre a eu lieu la onzième projection (publique et en salle) de "La relativité expliquée aux enfants", cette petite fable sur l'éducation. La salle a été incroyablement réceptive, avec beaucoup de rires à des moments pas toujours prévus (en art, il ne faut rien prévoir). Puis, dans la deuxième partie du film, beaucoup plus émotionnelle, j'ai senti une vraie adhésion sur les parti-pris (non-dits, fin ouvert). Aucune projection n'est la même... Là, avec près de 100 personnes dans la salle, c'est comme si l'initimité de la famille (père, fils, enfant) trouvait un prolongement émotionnel...

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Obliques du 10 Novembre : entretien avec Yannick Mouren pour "La couleur au cinéma"
31-10-2012

Vendredi 10 Novembre à 14h sur Fréquence Protestante (100.7 fm), je reçois Yannick MOUREN, enseignant cinéma, pour son livre "La couleur au cinéma" paru au CNRS Editions.

L'occasion d'analyser (et surtout de ressentir) l'impact de la palette chromatique dansle 7ème art. Exemple (perso) : dans "37°2 le matin", quand Jean-Hugues Anglade se barbouille le visage de crème et de gâteaux multicolores pour aider Béatrice Dalle, assise face à lui, et qui vient d'apprendre qu'elle n'est pas enceinte. Par ce don de couleur, l'homme montre qu'il passera outre...

L'émission sera re-diffusée pendant 3 mois sur www.frequenceprotestante.com

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Ted : le surmoi de l'homme
29-10-2012

Ce Dimanche matin 28 Octobre, vers 13h, un enfant de 12 ans (environ) s'est tourné vers sa mère à la fin d'une projection et a dit "Ouf, c'est fini"... Etrangement, le film en question est "Ted", qu'une campagne de pub habile a transformé en "ET" de 2012. Pauvre enfant, pauvre Maman, obligée de quitter régulièrement la salle pour faire diversion.

Il y a quelques années, François Dolto disait à propos de son fils (Carlos) qu'il déculpabilisait les adultes face à la légèreté. Et bien "Ted" l'ourson (qui meurt puis ressuscite et qui est comparé dans le film à l'enfant Jesus...) joue ce rôle. Il dit ce que les adultes ne peuvent pas dire dans le cinéma américain.

Il dit qu'il va se taper la chanteuse Norah Jones (se la taper à nouveau),après l'avoir chargée pour le 11 Septembre "-Tu es à moitié arabe, non ?" Norah Jones répond : "Non, à moitié INDIENNE !. Ted fera aussi un "Cuni l'ourson" à une caissière : fellation mimée puis avalanche de sperme sur le visage (en fait du produit de nettoyage. Il ramènera 4 bimbos chez lui pour regarder "Jack et Julia" et jettera la bible au visage de son ami John (message anti-chrétien ?) Il cassera aussi en vrac Katy Perry et Susan Boyle.

Quand à John, l'adulte, il est lui beaucoup moins libre. Anniversaire de mariage en vue, il est sage comme une image, façonné par la notion de bien et de mal qu'il a hérité de Flash Gordon. Lori, sa copine, peut bien lui dire qu'il n'a plus 7 ans, mais 35, rien n'y fait. John a besoin de son adulescence. En plus, les adultes autour de lui sont encore plus gamins. Un collègue demande si Lori n'est pas d'origine Italienne (puisqu'elle pête au lit) et le patron de Lori exhibe son plus beau trophée devant lui : un testicule de Lance Armstrong (véridique...). Quand à la bague de fiançailles, un ami lui conseille de la mettre dans le cul de Lori, afin qu'elle soit "éjectée quand elle pêtera..." 

Etranges ces américains... Avides (dans le film on dit que les rappeurs bling-bling "ne peuvent pas avoir tort"), enfantins et passéistes. Leur héros : Flash Gordon, donc, qui est même présent à une soirée. Son crédo (à 60 ans) : "Eclatons-nous comme dans les années 80s. Tapons-nous un maximum de filles qui s'appellent Stéphanie !". 

Dans le film, il faut quand même un méchant, celui qui va tuer "Ted". Evidemment, il est quasi homo, et porte une moustache. Il ne chante pas sur YMCA mais sur "I think we're alone now" le tube de Tiffany.

Heureusement, la sophistication existe et elle vient d'Europe. Quand une des bimbos chie sur le parquet de Lori, Ted console cette dernière : "Oui, il y a une crotte sur ton parquet? Mais Kierkegaard aurait dit que c'est ton plancher qui est sous la crotte !"

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Ted se drogue malgré tout, pour survivre moralement (il regrette le temps des Budweiser sans senteur Italienne) et admet que "Le 11 Septembre 2001, je suis allé voir mon dealer et je me suis shooté...". Pas si gai finalement la vie d'un ourson, même guidé par la voix du Christ (c'est dans le film...). Pas gaie non plus la vie du petit garçon venu voir le film un dimanche matin ...

Et dire que si seulement "Le complexe du castor" de Jodie Foster avait marché, "Ted" n'aurait peut-être jamais existé. On disait ça dans les années 80 : si "Mes meilleurs copains" (de Jean-Marie Poiré) avait marché, on n'aurait pas eu "Les Visiteurs".
 
"La relativité expliquée aux enfants" sélectionné au festival d'Aigues-Mortes, le 10 Novembre.
23-10-2012

Le 10 Novembre, je serai à Aigues-Mortes pour présenter "La relativité expliquée aux enfants" présent en compétition à "Ecran Libre" (festival Marcel Pagnol). Tourné en Super 16, éclairé par Brigitte Barbier, le film est une petite fable sur l'éducation. Un père (Dominique Parent), qui a oublié une demande de l'institutrice pour la fin de l'année scolaire, décide de rattraper le coup en expliquat à Nicolas, 9 ans (joué par Adrien Drouet) la théorie de la relativité d'Einstein. Avec mission de l'expliquer aux autres enfants le surlendemain... Le film est avant tout un regard sur l'amour éperdu d'un père pour son fils. Après avoir cherché beaucoup de comédiens, je n'en suis pas revenu de voir en Dominique Parent, le premier jour de tournage, le sosie de mon propre père.

Je sais que Marc Lavoine, APRÈS avoir joué "Le coeur des hommes" a eu un coup au coeur en découvrant le film fini. Il s'est dit "J'ai joué mon père". L'art est-il autre chose qu'une imitation inconsciente.. ?

Il s'agit de la 14ème sélection du film en festival.

A noter que la musique est signée Béatrice Thiriet, compositrice entre autres pour Pascale Ferran et Anne Le Ny.

Le film est disponible auprès de l'Agence du court-métrage.

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"Darling" de John Schlesinger. Extraits...
23-10-2012

C'est bien connu, le cinéma est l'art de l'Obliques. Stanley Kubrick aurait-il pu être si persifleur envers l'US Army (Full Metal Jacket) ou les égarements nucléaires américains (Dr Folamour) si, lors de ces tournages, il avait vécu aux Etats-Unis ? (il vivait déjà sur le sol anglais)... On peut faire le rapprochement avec la période anglaise de John Schlesinger, et notamment "Darling". Les messages politiques, sociétaux, people même (le film est-il une parabole de la vie de Grace Kelly ?) abondent, et ce dès la première séquence où l'on colle une affiche de l'héroïne proclamant : "Soyez dès aujourd'hui la femme idéale !". Un regard plus attentif sur ce collage montre la bouille d'un petit enfant noir, et sans doute, via cette image, du racisme et de la pauvreté ambiante. Au milieu du film, un documentaire donne la parole aux Londoniens de l'époque. Extraits : "Aujourd'hui, les Londoniens croient que tout leur est dû"... "-L'homosexualité s'est (trop) banalisée...". Dans une autre séquence du film, lors d'un dîner de bienfaisance (contre la malnutrition), un plan ironique montre une grosse dondon se resservir de chips...

Scénariste de "Eyes Wide Shut" 34 ans plus tard, Frédéric Raphaël osculte dans "Darling", les tourments, égarements, d'une femme aimante et inconstante. "Je déteste le conformisme" dit "Darling" (alias Diana Scott alias Julie Christie) à Robert Gold (Dirk Bogarde) venue l'interviewer. Elle brisera un couple, décidera d'avorter sans raison, et imagineun monde "où il faudrait 3 parents pour faire un enfant...". Bien sûr, la réalité la rattrapera. "-Comment vous sentez-vous" lui demande l'infirmière après l'avortement. "-Je suis dégoûtée du sexe à vie" répond Darling. Et quand elle se montre jalouse de l'ex-femme de Robert, ce dernier lui propose de se marier. Elle ne veut pas. Elle semble inquiète. Un très beau plan la montre se regarder dans le miroir, pendant que son hommr glisse sa main dans son soutien-gorge...

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La liberté de meurs, sexuelle, de l'héroïne, est bizarrement montrée par Schlesinger. C'est à la fois la force et la faiblesse du film. Son héroïne est brillante, mais est-elle profonde. Est-ce un portrait de femme, ou de femme vue par un homme (scénariste + réalisateur) Quand "Darling" commet un adultère avec un beau gosse riche, le montage est alterné entre le corps de l'homme qui vient sur elle et un horodateur qui montre "Temps dépassé" puis "Pénalité". Une idée simple, qui contourne la censure... La pénalité est celle de la femme adultère, et celle de l'automobile (qui prend trop ses aises sur la chaussée).

A Paris, c'est le règne de l'amour libre, qui donne lieu à une séquence d'orgie avec des home-vidéos. "Darling" est choquée, puis se jette à l'eau...

Une autre séquence montre "Darling" avec son nouveau mec (qui est en fait gay) : On entend la "Marche nuptiale " de Mendelssohn alors que les deux tourtereaux font du shopping. Effet saisissant qui montre une musique sacrée adossée à la consommation.

Ce passage est un des plus cyniques. N'ayant rien à se dire, mais tout à bouffer, les deux versent de l'alcool dans le bocal à poissons (ils meurent). L'Italie , où ils partent, offre à Darling un sentiment d'éternité : "Ici je pourrais me passer de sexe, dit elle, ça en m'intéresse pas tant que ça en fait..."

Le film aborde aussi la religion.  "Darling" est en Italie, elle entre dans une église, s'assied, puis part, effrayée par la bigoterie des vieilles "Mamas..." Mais elle découvrira la foi auprès du pasteur Chapman et dit : "Au fond, j'ai toujours cru en Dieu". Quelques minutes après, un "cut" brutal la montre mariée à un riche prince Italien, dont elle s'ennuie, qui l'ennuie... 

Le plan le plus beau du film est celui où Darling va et vient dans le hall de son palais doré, hésitant à sortir ou à rester dedans. Torpeur, solitude... Sa gloire, son mariage l'a cassée. La marche nuptiale est aussi fausse que la première. Les hommes sont-ils capables d'épouser une femme autrement que pour la sécurité ? Le film devient alors un portrait des Darlings "HOMMES"...

Autres répliques :

-"Quand on ment, on y croit toujours" (Bogarde)

-"Pour toi, la fidélité, c'est d'être au lit avec un seul homme à la fois..." (Bogarde). "Je ne raccompagne pas les putes en taxis" (idem)

-"Elle est un peu aryenne, ça va faire un tabac en Allemagne !" (le responsable d'une grande marque face à une nouvelle campagne de pub avec "Darling)

 
"Le film évènement", un livre de Diana Gonzalez-Duclert
16-10-2012

Actuellement diffusée dans "Obliques", mon émission sur Fréquence Protestante (100.7 FM ou www.frequenceprotestante.com), un entretien avec Diana Gonzalez-Duclert pour son livre "Le film évènement", un regard cinéphilique et sociologique sur des films entrés en résonnance avec la société : "Mr Smith va au sénat", "Naissance d'une nation", "Le secret de Brokeback mountain", "Docteur Folamour", "Easy Rider", "La liste de Schindler" etc...

Il est toujours passionnant de retrouver les raisons ayant amené certains films à combler, synthétiser ou anticiper les demandes du spectateur-citoyen.

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Damsells in distress : "Mon ambition est d'être cathare"
09-10-2012

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans, mais l'est-on davantage quand à 60 ans, on filme des étudiants ? A voir... Whit Stillmann, malgré ses déboires (Oliver Stone a enterré un de ses projets) a t-il eu raison de rester dans la veine des inoubliables "Metropolitan" ou "Last days of disco" ? A voir aussi...

"Damsells in distress" nous invite sur un campus où les filles sont "frivoles, écervelées et obsédées par les parfums" et où il faut un litre de bière à un étudiant pour "qu'il ose aborder une fille". Quand aux beaux mecs, il faut "les éviter" selon la consigne de Violet (excellente Greta Gerwig) qui tente de relever le niveau et consacre son temps libre à animer une cellule anti-suicide.

C'est là que réside la beauté de "Damsells", film très ironique, mais dont les effluves sont archi-sensibles, sans sensiblerie. Le dilemme entre monde réel et monde des apparences (en gros : entre recherche spirituelle et parfums et fringues...) s'incarne dans cette étrange séquence où la nouvelle venue sur le campus, Lily (incroyablement belle Analeigh Tipton) regarde des artichauts cuire dans une casserole. Ces légumes semblent la fasciner autant que si elle avait vu un extra-terrestre : "Ils sont zarbis" admet-elle, craintive. Pauvres artichauts tout chauds... Le message de Stilmann est joli : les jeunes femmes sont aussi surprises par le réel que les enfants par des poissons non panés et non carrés.

Mais Lily sera confrontée à une rencontre, là-aussi mi réelle mi virtuelle : Xavier, un francophile qui ne jure que par la Nouvelle Vagie (Il montre "Baisers volés" à Lily et le catharisme. "Pour le catharisme" explique Xavier, le moyen le plus noble de faire l'amour est d'éviter la procréation". Il tend une carte postale de Carcassone, épicentre du catharisme. Plus tard dans le film, Lily, ex-ingénue et nouvelle jeune femme ardente transmettra le message : "Les cathares, en gros, favorisent la sodomie !". Elle avouera que "les désirs amoureux sont pervers mais qu'il y a une explication à cette perversité..."

W. Stillmann échafaude une réflexion plus large qu'elle n'y paraît dans un film qui démarre de façon atone (et une lumière trop kitsch) et trouve une vitesse de croisière progressive. Peu nombreux sont les films qui abordent de façon aussi entrecroisée le suicide, la religionet l'avenir de l'Amérique. Le réalisateur fait dire à l'une de ses héroïnes : "Si les étudiants en psychologie ne parviennent pas à se former, comment vont-ils pouvoir former les Américains ?". Nostalgique, "Damsells" l'est sans doute, y compris pour l'homexualité : "Avant, l'homexualité était raffinée, aujourd'hui ce sont des gros boeufs qui se baladent en T-Shirt !" Faut-il suivre cette nostalgie jusqu'au bout ? Pas sûr car, dans la salle du Publicis Champs-Elysées, plusieurs personnent ont quitté peu à peu la salle. Messages du film ambigus, erratiques ? Peut-être. Le film emporte le morceau par la bande, comme dans cette séquence où, sur un zinc de bar, un ouvrier reproche aux suicidés "de ne pas être corrects car ils nous laissent leur bordel derrière eux !". Pudeur du désespoir. Heureusement que, plus tard dans le film, Violet déclare : "J'adore l'optimisme, même absurde". Pour ces aphorismes, il faut adopter ces "Demoiselles en détresse". 

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Cornouailles, la nouvelle introspection de Anne Le Ny
27-09-2012

Anne Le Ny est en train, lentement mais sûrement, d'imprimer une marque poétique et profonde dans le cinéma français. Il y avait dans "Ceux qui restent" une maîtrise émotionnelle qui bouleversait. Comme si la retenue (dialogues, plans, direction d'acteurs) décuplait les sentiments que l'on portait aux personnages, en qui on se RETROUVAIT. "Les invités de mon père" n'a pas toujours été reçu comme l'analyse subtile qu'il est. La dernière séquence (père et fils, Michel Aumont, Fabrice Luchini) face à la mer, n'était ni une happy ni une sad end. On était au bout, avec eux. Bout de la vie, mais aussi bout de la réconciliation familiale.

Au jeu de "marabout d'ficelle", il est normal de retrouver Anne Le Ny face à la mer, et au destin d'une jeune quadra (Vanessa Paradis) venue là pour vendre une maison de famille. Liquider la maison est moins simple que liquider les souvenirs. D'ailleurs, un brocanteur dira à notre héroïne que, en une seule visite, en enlevant meubles et bibelots, "il va lui faire gagner 10 ans de psychanalyse...". 

Le dialogue entre morts et vivants est le thème du film, comme "Camille Redouble". Les deux oeuvres sont d'ailleurs, curieux hasard, éclairés par le même chef-op, Jean-Marc Fabre. Disons qu'Anne Le Ny fait parler les morts de façon impressionniste et Noémie Lvovsky de façon frontale. Le plan où, après avoir avorté, Odile "voit" ses parents, assis paisiblement dans le jardin de la maison, est captivant.

La beauté du travail d'Anne Le Ny est dans sa simplicité. Un plan unique montre Odile avaler la première pilule abortive, face à son médecin. Une pilule, un plan, mais tout le poids du destin.

Quand Odile passera la nuit avec Fabrice (Jonathan Zaccaï), venu la rejoindre en Cornouailles, elle dira : "C'est drôle, c'est la première fois qu'on dort ensemble depuis 10 ans et ce n'est pas pour faire l'amour. C'est pour attendre une fausse couche..." La couverture est rouge, rouge sang...

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