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Mutation


Cette photo a été prise après une nuit sans sommeil en Janvier 1994 à Rueil-Malmaison par la photographe Bettina Gousset. Elle symbolise tout à fait mon état d’esprit de l’époque : à 30 ans, la symbolique de la vie commence à se faire sentir. L’enthousiasme reste identique mais on peut commencer à voir la vie sous la perspective de la continuité et du passage des générations. On se sent davantage membre d’une toile, d’une lignée, que seul sur son rocher.

Après avoir quitté la télévision, et fini d’accompagner mon premier film dans les festivals, il fallait redonner un coup d’aileron pour aller plus loin, ou en tous cas plus profond. Ce fut une période plus solitaire où je disais en forme de boutade à mes amis “Il faut bien que j’écrive mes scripts de l’an 2000”. J’étais face à une grande page blanche où tout était possible. A l’âge où beaucoup trouvent la stabilité, je m’installais dans la diversité...

A l’époque une de mes meilleures amies, Catherine Malaval, l’une des productrices de “Nulle Part Ailleurs”, une personne rare dans cet univers, m’approuvait dans ce désir de mue : “Il y en a tant qui s’accroche à la présentation d’un simple bulletin météo pour rester visible”.

Je n’avais pas pensé à ça en ces termes. Pour moi, la télévision est un outil intéressant à condition de savoir le doser, qu’on soit téléspectateur ou animateur. Antoine de Caunes m’avait confié qu’il interdisait à sa famille, Emma, de regarder la TV...

Dans un reportage sur les Everglades (un bande de terre/mer sauvage en Floride), une phrase a récemment attiré mon attention : “Si vous pensez que votre avenir doit être décidé par les lobbys et les industriels, alors vous êtes des touristes, pas des citoyens”. Je pense qu’un minimum de structure commerciale et institutionnelle est indispensable mais elle doit rester à sa place.

Comme l’a écrit Nietzsche “Pour qu’un sanctuaire soit construit, il faut qu’un sanctuaire soit détruit”. On ne crée pas à partir de rien, mais on ne se réinvente pas en gardant tout.

Depuis longtemps, je suis persuadé que nous avons tous dix lettres vraiment importantes à écrire dans notre vie, dix coups de films vraiment importants à passer, ou dix refus à émettre. Entre 94 et 95, j’avais dix histoires à raconter.
Certaines sont devenues réalité, d’autres ont été des pièces détachées qui ont trouvé leur place sous des formes déguisées. D’autres sont à venir.

 
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