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Introspection


“A 50 ans, ferme ta braguette et ouvre ta bibliothèque”. Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais bien qu’il me reste encore pas mal d’années avant d’arriver aux 50, je m’amuse bien à méditer cette phrase.

L’introspection a mauvaise presse en Occident. C’est dommage, car elle n’est en rien séparable de l’action. Il ne faut certes pas en abuser, car comme l’a dit le cinéaste Alain Cavalier “A force d’appuyer sur la pédale du sens, on perd la vie qui s’invente à chaque pas”

Mais il me semble inconcevable de ne pas se considérer soi-même comme un puits, et tenter à plusieurs moments de sa vie de savoir de quelle quantité d’eau on dispose.... Suis-je à sec ? Y a t’il un trop-plein qui va déborder ? La psychothérapie est là pour y répondre.

Nous avons plusieurs vies, et c’est à nous d’être nos propres alchimistes. Or, c’est souvent la peur qui nous empêche d’agir. La peur a une force inouïe sur le moment, mais rétrospectivement, si nous y avons succombé, elle ressemble à un farfadet qui n’hésitera pas à se moquer de nous. Essayons de ne pas lui donner cette joie...

Dans “L’amant” (le film adapté de Marguerite Duras), la voix de Jeanne Moreau répéte “Regardez-moi, j’ai 15 ans”. C’est evidemment déchirant car une vieille voix nous parle de la splendeur physique passée. Mais c’est aussi rassurant car nous sommes des êtres doués de mémoire et comme le dit mon père “On ne sait pas ce que nous réserve le passé”. Il n’y a pas toujours d’espace-temps...

Aujourd'hui, je me sens pouvoir agir dans toutes les directions possibles, qu’elles soient créatives ou personnelles. Dans le second cas, la seule limite est le respect de l’autre, dans le premier... la force de nos neurones et de notre cage thoracique.

Même si comme tout le monde, j’ai mes racines culturelles, j’aime être chamboulé dans mes certitudes, découvrir une peinture, une ville, un livre ou un animal qui font voir la vie autrement.

Un photographe a exposé il y a quelques années une série de photos qu’il avait prise de lui-même, avec le même cadrage, jour après jour. Je n’ai pas vu cette expo où toutes les photos étaient placées côte à côte, illustrant les jours qui passent. Ce qu’un ami m’en a dit était qu’il était à la fois possible et impossible de déterminer en quoi la vie personnelle (réussite, échecs, amours, ruptures, naissances, deuils) pouvaient se voir à l’oeil nu. Mais en prenant du recul, des impressions, des supputations devenaient possibles...

Il y a une séquence dans le film “Collision” de Paul Haggis, que j’aime beaucoup.
A la toute fin du film, le jeune noir entre dans la voiture du policier qui vient de le prendre en stop. Tous deux ont des parcours opposés, et chacun est sur ses gardes. Une musique rock sort de l’auto-radio et le jeune noir après un moment dit “En fait, je commence à comprendre cette musique”. C’est ça, la vie, il faut commencer à comprendre...

 
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